Depuis l’été 2007, les manifestations
à
l’initiative des anciens soldats du Yémen du Sud,
exigeant
leur réintégration à
l’armée, sont
fermement réprimées, comme c’est alors
le cas en
août dans la grande ville côtière
d’Aden
où, dans quelque clash, au moins une personne est
tuée et
1 000 arrêtées (07-08-02-Yemen). Le mois suivant,
la
réclamation de la libération des prisonniers, la
dénonciation des hausses des prix et de la corruption,
accompagnent la grogne des ex-militaires. Ils sont à nouveau
dispersés à balles réelles durant ce
qui ne semble
pas aller au-delà
d’échauffourées, pour deux
morts toutefois. Même type de situations au mois
d’octobre
où il y a cette fois quatre tués dans ce qui sont
décrits comme des « scuffles »
à Radfan.
Opposants et anciens membres de l’armée sudiste y
protesteraient contre l’exclusion des gens du sud des postes
« gouvernementaux ». Le 12 janvier 2008,
c’est encore
dans le port d’Aden qu’une grande manifestation
anti-gouvernementale est réprimée de la sorte,
pour deux
nouveaux morts.
Durant la dernière semaine du mois du mars, la protestation
s’élargit, dans ses participants, comme dans ses
actes,
prenant un tour plus conséquent. Le dimanche 30 dans la
ville de
Dhalae (ou Ad Dali), des « rioters » mettent le feu à
deux
« police stations », brûlent des
véhicules
militaires et tentent de saccager une banque d’Etat (9
blessés). Le lendemain 31 mars, l’Etat
déploie ses
chars dans plusieurs villes. A Dhalae, les flics tirent au
moins des coups de semonce pour disperser les manifestants. Le 1er
avril, les échauffourées avec les flics font 6
blessés sérieux. En parallèle, la
route principale
pour Aden est bloquée par des manifestants, dont certains
sont
armés. Le 2 avril, lors du quatrième jour de
manifestation et tandis que l’Etat procède
à des
dizaines d’arrestations, des affrontements entre les flics et
des
milliers de protestataires – décrits comme un
mélange d’anciens soldats sudistes,
d’activistes
politiques et de jeunes chômeurs – font un mort et
4
blessés. Les violences les plus fortes se produisent dans la
ville d’Habilayn (ou Habilin) où les gardiens de
l’ordre font feu sur 5 000 manifestants (lacrymos, puis
balles
réelles, contre jets de pierres). 40 tanks et 100
véhicules militaires sont déployés
dans la ville.
Plusieurs autres localités du sud connaissent des
manifestations
drainant des milliers de participants où l’on se
battrait
avec les flics. Il y aurait une centaine d’arrestations
à
l’issue de la journée durant laquelle des
bâtiments
publics et des sièges du parti au pouvoir sont
attaqués.
A Tora al-Baha par exemple, à environ cent
kilomètres au
nord d’Aden, 1 500 manifestants assaillent un
bâtiment
gouvernemental et brûlent un bureau du CPG.
Certains médias décrivent les villes du Sud comme
le fief
du parti socialiste yéménite qui «
seraient
derrière » les soldats et les jeunes
chômeurs,
principaux protestataires à se faire émeutiers.
Les gens
du Sud, dont beaucoup seraient d’anciens exilés
renvoyés au Yémen par l’Arabie Saoudite
au moment
de la guerre du Golfe, n’ont pas accès aux postes
gouvernementaux réservés aux nordistes, qui
occupent les
emplois dans l’administration et dans les forces de
sécurité.
L’inégalité est le
principal argument des dits activistes politiques et dirigeants de
l’opposition (PSY) qui composeraient l’essentiel
des
interpellés. Basé sur cette critique
d’une
discrimination, l’encadrement
récupérateur
paraît assez présent.
Le lundi 7 avril, les affrontements avec les flics reprennent
à
l’occasion de manifestations auxquelles des milliers de
protestataires participent dans les villes de Dhalae et Habilayn. 21
personnes sont blessées en tout, dont six flics dans la
première et quatre dans la seconde. A Habilayn, «
des
manifestants ont lancé une grenade contre des policiers,
déployés autour d'une tribune utilisée
par les
animateurs du mouvement de protestation et dont les forces de
sécurité ont pris le contrôle, ont
indiqué
des témoins. » Plusieurs manifestations ont lieu
dans
d’autres villes de la région, un militaire est
tué
à l’issue de la journée, 19 autres
personnes
blessées.
Le 10 avril, le chef de l’Etat appelle publiquement au
dialogue
et à la fin des troubles. Un premier bilan officiel pour la
période du 30 mars au 9 avril parlent alors de 22 soldats
yéménites blessés, de 75 magasins et
bureaux
gouvernementaux saccagés ou pillés, de 283
arrestations.
Ce même jour, une explosion contre une
société
pétrolière canadienne vient
s’intercaler
opportunément dans l’actualité
médiatique
sur le Yémen.
S’intercaler seulement, car deux jours plus tard, le 12
avril,
ils sont à nouveau des milliers à prendre les
rues de
Dhalae. Les tirs policiers font 3 blessés. Mais ce sont
apparemment les ultimes remous d’un mouvement qui, du fait du
fort caractère revendicatif de la protestation et de la
présence militaire étatique, n’a pas
trouvé
assez d’air neuf pour passer un cap qualitatif. Et ce
malgré la participation certainement assez importante des
jeunes
désœuvrés par qui les troubles,
étendus
à plusieurs villes sur plus d’une semaine, se sont
suffisamment radicalisés pour devenir la
préoccupation
principale du régime.