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Mars-avril 2008 dans le sud du Yémen (08-03_04-Yemen)



Depuis l’été 2007, les manifestations à l’initiative des anciens soldats du Yémen du Sud, exigeant leur réintégration à l’armée, sont fermement réprimées, comme c’est alors le cas en août dans la grande ville côtière d’Aden où, dans quelque clash, au moins une personne est tuée et 1 000 arrêtées (07-08-02-Yemen). Le mois suivant, la réclamation de la libération des prisonniers, la dénonciation des hausses des prix et de la corruption, accompagnent la grogne des ex-militaires. Ils sont à nouveau dispersés à balles réelles durant ce qui ne semble pas aller au-delà d’échauffourées, pour deux morts toutefois. Même type de situations au mois d’octobre où il y a cette fois quatre tués dans ce qui sont décrits comme des « scuffles » à Radfan. Opposants et anciens membres de l’armée sudiste y protesteraient contre l’exclusion des gens du sud des postes « gouvernementaux ». Le 12 janvier 2008, c’est encore dans le port d’Aden qu’une grande manifestation anti-gouvernementale est réprimée de la sorte, pour deux nouveaux morts.

Durant la dernière semaine du mois du mars, la protestation s’élargit, dans ses participants, comme dans ses actes, prenant un tour plus conséquent. Le dimanche 30 dans la ville de Dhalae (ou Ad Dali), des « rioters » mettent le feu à deux « police stations », brûlent des véhicules militaires et tentent de saccager une banque d’Etat (9 blessés). Le lendemain 31 mars, l’Etat déploie ses chars dans plusieurs villes. A Dhalae, les flics tirent au moins des coups de semonce pour disperser les manifestants. Le 1er avril, les échauffourées avec les flics font 6 blessés sérieux. En parallèle, la route principale pour Aden est bloquée par des manifestants, dont certains sont armés. Le 2 avril, lors du quatrième jour de manifestation et tandis que l’Etat procède à des dizaines d’arrestations, des affrontements entre les flics et des milliers de protestataires – décrits comme un mélange d’anciens soldats sudistes, d’activistes politiques et de jeunes chômeurs – font un mort et 4 blessés. Les violences les plus fortes se produisent dans la ville d’Habilayn (ou Habilin) où les gardiens de l’ordre font feu sur 5 000 manifestants (lacrymos, puis balles réelles, contre jets de pierres). 40 tanks et 100 véhicules militaires sont déployés dans la ville. Plusieurs autres localités du sud connaissent des manifestations drainant des milliers de participants où l’on se battrait avec les flics. Il y aurait une centaine d’arrestations à l’issue de la journée durant laquelle des bâtiments publics et des sièges du parti au pouvoir sont attaqués. A Tora al-Baha par exemple, à environ cent kilomètres au nord d’Aden, 1 500 manifestants assaillent un bâtiment gouvernemental et brûlent un bureau du CPG.

Certains médias décrivent les villes du Sud comme le fief du parti socialiste yéménite qui « seraient derrière » les soldats et les jeunes chômeurs, principaux protestataires à se faire émeutiers. Les gens du Sud, dont beaucoup seraient d’anciens exilés renvoyés au Yémen par l’Arabie Saoudite au moment de la guerre du Golfe, n’ont pas accès aux postes gouvernementaux réservés aux nordistes, qui occupent les emplois dans l’administration et dans les forces de sécurité. L’inégalité est le principal argument des dits activistes politiques et dirigeants de l’opposition (PSY) qui composeraient l’essentiel des interpellés. Basé sur cette critique d’une discrimination, l’encadrement récupérateur paraît assez présent.

Le lundi 7 avril, les affrontements avec les flics reprennent à l’occasion de manifestations auxquelles des milliers de protestataires participent dans les villes de Dhalae et Habilayn. 21 personnes sont blessées en tout, dont six flics dans la première et quatre dans la seconde. A Habilayn, « des manifestants ont lancé une grenade contre des policiers, déployés autour d'une tribune utilisée par les animateurs du mouvement de protestation et dont les forces de sécurité ont pris le contrôle, ont indiqué des témoins. » Plusieurs manifestations ont lieu dans d’autres villes de la région, un militaire est tué à l’issue de la journée, 19 autres personnes blessées.

Le 10 avril, le chef de l’Etat appelle publiquement au dialogue et à la fin des troubles. Un premier bilan officiel pour la période du 30 mars au 9 avril parlent alors de 22 soldats yéménites blessés, de 75 magasins et bureaux gouvernementaux saccagés ou pillés, de 283 arrestations. Ce même jour, une explosion contre une société pétrolière canadienne vient s’intercaler opportunément dans l’actualité médiatique sur le Yémen.

S’intercaler seulement, car deux jours plus tard, le 12 avril, ils sont à nouveau des milliers à prendre les rues de Dhalae. Les tirs policiers font 3 blessés. Mais ce sont apparemment les ultimes remous d’un mouvement qui, du fait du fort caractère revendicatif de la protestation et de la présence militaire étatique, n’a pas trouvé assez d’air neuf pour passer un cap qualitatif. Et ce malgré la participation certainement assez importante des jeunes désœuvrés par qui les troubles, étendus à plusieurs villes sur plus d’une semaine, se sont suffisamment radicalisés pour devenir la préoccupation principale du régime.

 


Avril 2009





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