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Début avril 2008 en Haïti (08-04-03-Haiti)



Le jeudi 3 avril aux Cayes, ville côtière du Sud du pays située à environ 150 km de la capitale Port-au-Prince, ce sont d’abord 3 000 à 5 000 personnes qui manifestent, « en colère contre la hausse des prix », qui « [auraient] explosé ces derniers mois à Haïti, pays le plus pauvre du continent américain, alimentant le mécontentement contre le gouvernement » ; ceci à l’appel d’organisateurs présentés en « chefs des bidonvilles ». Mais au contraire de février 2004, en ce début d’avril 2008 aucun « rebelle » armé n’intervient une fois la révolte gueuse entamée, si ce n’est dans les bouches des gouvernants conspués, qui invoqueront des manipulations par des trafiquants de drogue, contrebandiers, et autres « criminels ».

Dès ce premier jour, on assaille et on tente d’incendier des bâtiments de l’ONU – dont plusieurs milliers de flics et soldats, de 7 000 à 10 000 suivant différentes sources, sont en poste en Haïti dans le cadre de la « Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti » (MINUSTAH), en place depuis 2004. Des commerces sont également visés et pillés. Il y a un mort, tué par « les forces de l’ordre ». En parallèle, des manifestations ont lieu aux Gonaïves et dans la capitale Port-au-Prince.

Le vendredi 4 avril dans la même ville des Cayes où des renforts policiers sont dépêchés, et où des personnes armées viendraient depuis la capitale « pour renforcer les manifestants », les troubles se poursuivent, notamment les pillages de conteneurs et de bureaux de la police internationale, dont l’un est vidé de son matériel et de ses armes, et dont trois véhicules sont brûlés, un autre volé. Ce jour, le bilan de la répression est porté à 4 morts et une trentaine de blessés : les soldats onusiens tireraient à balles réelles. Des sources confirment l’armement de manifestants, avec des tirs la nuit contre les soldats, dans des rues barrées de barricades enflammées.

Un article du 6 avril signale que les « manifestaciones violentas » ont lieu dans des localités autour des Cayes, où le week-end régnerait un « tensa calma », et dans d’« otras regiones », tel Petit-Goave au sud de Port-au-Prince.

Le lundi 7 avril voit de « nouvelles manifestations », avec un tué supplémentaire aux Cayes, qui le serait sous des tirs attribués aux gardes de sécurité d’un hôtel. Dans cette ville aux rues hérissées de barricades, ils seraient plusieurs milliers à se rassembler devant la maison d’un sénateur, qui est saccagée. A Port-au-Prince, où s’ajoute une grève des conducteurs de transports collectifs, ils sont au moins un millier à s’avancer aux abords du palais présidentiel, du parlement, du ministère du commerce. Des pare-brises sont cassés, des slogans criés contre la « misère ». Le lendemain la situation se tend davantage dans la capitale, où des barricades enflammées s’érigent à leur tour, où l’on caillasse, où certains, parmi un ensemble constitué de milliers de participants, tentent désormais de forcer les grilles du palais présidentiel. La présence de révoltés est également signalée aux alentours de la résidence officielle du président Préval. Au contraire des Cayes, les soldats onusiens n’useraient que de lacrymogènes et de munitions en caoutchouc. Il y a 14 blessés, dont 2 journalistes haïtiens, sans doute touchés par les tirs des soldats.

De « nouvelles émeutes » éclairent le mercredi 9 avril. A Port-au-Prince, où la pression est maintenue sur le siège de la présidence et dans des rues toujours barrées, barricadées de pneus et de caillasses, des pillages sont commis contre des commerces et entrepôts, des banques, des entreprises publiques ; trois soldats onusiens sont touchés par des tirs dans le quartier de Carrefour. Des locaux de radio et télévision sont pris pour cibles, comme ceux d’un quotidien de presse écrite en partie saccagés à Pétion-Ville, toute proche de la capitale, où la veille, « des magasins et des galeries d’art » ont également été attaqués.

Les dates demeurent incertaines, mais des « manifestations » sont rapportées aux Gonaïves et à Saint-Marc, sans qu’on en sache plus, sinon qu’un flic serait blessé dans la première de ces deux villes. Par ailleurs, si 2 000 personnes manifesteraient « peacefully » à « Nippes », des « rioters » se confronteraient aux flics à Jacmel. Il est aussi question de « disturbios » à Ouanaminthe, à la frontière avec la République Dominicaine, où, au moins, des pneus sont incendiés dans les rues. Globalement, et même pour ce qui concerne Les Cayes et la capitale, les informations délivrées restent ainsi très évasives à propos des actes émeutiers et de leur propagation possible à travers le pays, d’autant plus relégués à l’arrière-plan par l’assénement qu’il ne s’agirait là que d’« émeutes de la faim », dans un exemple tout particulièrement éloquent de l’entreprise calomniatrice menée par ce biais contre un début de révolte qui a bien paru intense, et assez ample et massif.

Au jeudi 10 avril, si certaines sources laissent comprendre une continuation, d’autres plus nombreuses informent d’un « retour au calme », mais qui apparaît bien précaire. Dans la capitale, la tension persisterait surtout dans des quartiers bidonvilles périphériques, au moins jusqu’au samedi où un soldat de l’ONU y est tué. Au centre-ville des lacrymogènes sont tirées contre des protestataires moins nombreux et leurs slogans contre la MINUSTAH.

Tandis que le premier ministre saute, en même temps qu’une baisse des prix et des aides supplémentaires sont annoncées, les bilans totaux sont de 5 à 7 morts (certaines sources y incluant sans doute le soldat tué), et de 200 à plus de 500 blessés.



Avril 2009





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