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soulèvement majeur en Guinée aux mois de janvier
et février
2007
Soulèvement majeur en Guinée aux mois
de janvier et février 2007 (07-01_02-Guinee)
Du 13 au 22 janvier
La troisième grève générale
débute le 10 janvier, après celle de
février 2006 contre l’augmentation des prix, et
celle de juin 2006 animée par l’implication des
écoliers. Outre les motifs des
précédentes qui sont repris,
l’intersyndicale proteste contre l’intervention du
président Conté pour faire sortir de prison deux
de ses proches, « hauts gestionnaires »,
condamnés pour détournement de fonds publics.
Le 13 et le 15 janvier, les premiers combats de rue éclatent
entre les jeunes des quartiers périphériques de
Conakry et les flics.
A partir du 17, les manifestations quotidiennes dans la capitale et les
principales villes du pays sont dispersées par la police. La
répression à balles réelles fait ses
premiers morts, dans une ville de la banlieue de Conakry, et
à Labé où l’on saccage des
locaux du gouvernement, dont la résidence du gouverneur
apparemment.
Les jours suivants, malgré l’interdiction de
rassemblement imposée par l’Etat, on continue
à manifester dans au moins une dizaine de
localités. Le 18, un manifestant est tué
à Mamou. Le 19, les protestataires se comptent par milliers
à Kankan et Kissidougou. Ils sont
réprimés au moyen de gaz lacrymogènes
et de balles en caoutchouc, mais aussi à balles
réelles, qui feraient au moins un mort. Le 20, 4 000
à 5 000 manifestants défilent
à Nzérékoré, la
deuxième ville du pays. Trois à quatre
d’entre eux tombent sous les tirs policiers. Dans le quartier
de Boiro, un poste de police est attaqué et
pillé, 20 de ses détenus
libérés. A ce jour, le nombre des tués
s’élève à dix depuis le
début des manifestations. Le 21, la maison du
préfet est incendiée à
Dubréka. Non loin de là, dans les banlieues de la
capitale, les jeunes caillassent les trains qui continuent à
acheminer l’albumine de l’intérieur des
terres jusqu’au port, malgré
l’arrêt d’au moins une partie de la
production minière depuis le 19.
Le 22 est le point culminant. L’acheminement
d’albumine est interrompu, Conté quitterait sa
résidence habituelle pour un camp militaire. Entre 15 000 et
50 000 protestataires descendent des banlieues de Conakry vers son
centre, direction le palais présidentiel. Il y a des
échauffourées tout au long de leur parcours. Face
à la foule qui déferle, les flics tirent, sans
toutefois parvenir à la stopper. Au pont du 8 novembre, les
militaires et la garde présidentielle prennent le relais et
parviennent à repousser les assaillants, peut-être
à l’artillerie lourde. 34 tués sont
décomptés dans la capitale. Dans le reste du
pays, des milliers de manifestants prennent les rues de Kankan (2 morts
et 11 blessés), Siguiri (2 morts et 8 blessés),
Pita, Dabola, Télimélé, Koundara. A
l’issue de la journée, il y aurait 49 morts (dont
les 34 de Conakry), soit 59 depuis le début de la
grève, et entre 150 et 262 blessés.
Le lendemain, les syndicats reprennent les négociations avec
le gouvernement. Les dernières manifestations semblent se
dérouler dans le calme à Dabola, Koundara, Mamou.
Seuls certains quartiers de Conakry connaissent des «
incidents sporadiques ». La grève prend fin le 27
janvier par un accord sur la nomination prochaine d’un
nouveau premier ministre et la réduction des prix du
carburant et du riz.
Du 9 au 14 février
Le 9 février, l’émeute devance la
grève, et, de quelques heures, l’annonce de la
nomination d’un premier ministre acquis à
Conté. A Dinguiraye, des milliers de manifestants
brûlent les résidences du commissaire et du
préfet, et libèrent les détenus de la
prison centrale après avoir mis les flics en fuite.
D’autres bâtiments seraient incendiés
ainsi que des voitures. La ville de Koyah semble alors
connaître une situation similaire.
Le lendemain, les émeutes s’étendent
à Kankan où un militaire est
brûlé par la foule alors que la prison locale est
attaquée (3 morts), à Pita où les
révoltés réduisent la gendarmerie en
cendres, à Siguiri où c’est
l’hôtel d’un ministre qui y passe,
à Boké où des jeunes brûlent
des véhicules, à Kindia où il y aurait
de 4 à 7 morts dans des affrontements entre flics et
manifestants alors que ces derniers ont saccagé la
résidence du gouverneur, à
Nzérékoré où à
l’occasion d’une « fête locale
» on met le feu à la mairie et l’on se
bat contre les flics. Pour certaines villes comme Faranah et Lola,
où deux personnes sont tuées dans chacune
d’entre elles, on peut supposer que les manifestations
prennent là aussi un tour offensif. Ce 10 février
à Conakry, les jeunes insoumis réagissent
à la nouvelle provocation de Conté en barrant les
principaux axes routiers avec des tables, des arbres, des pneus en feu.
Les affrontements avec les défenseurs de l’Etat
reprennent, à ce moment où des armes seraient
dérobées dans des commissariats. Dans le quartier
de Bonfi, on n’est pas loin de mettre la main sur
Conté dont le cortège est caillassé,
mais la garde présidentielle fait feu. Il y a au moins 3
à 4 morts au cours de la journée, tandis que les
premiers pillages commencent dans la soirée. Pour tout le
pays, un bilan provisoire donne le chiffre de 18 morts.
Le 11, les barricades érigées la veille restent
en place dans plusieurs secteurs périphériques de
la capitale, de nouveaux tirs policiers y feraient plusieurs morts. La
pratique du pillage se confirme, des commerces dans les banlieues de
Conakry, des entrepôts du Programme alimentaire mondial
à Pita, Dalaba et Kankan. Dans cette dernière,
ils seraient des milliers à prendre d’assaut des
magasins et les maisons de responsables du gouvernement. Ce jour ou la
veille à Labé, on ferait également un
sort aux bureaux et propriétés de gestionnaires
locaux.
Le 12, la grève générale reprend
à l’appel d’une intersyndicale qui
demande dorénavant le départ de Conté.
En banlieue de Conakry, les groupes de jeunes, dont certains
armés de « machettes » et de «
sabres », se heurtent aux différentes factions
policières. Un militaire ou policier est lynché.
Hamdallaye, Enco 5, Kipé, Bambéto, Matoto
deviennent le terrain de jeu des jeunes révoltés.
Peut-être du fait d’une nouvelle attaque du
cortège de Conté, la garde
présidentielle tire faisant de nouveaux morts. Dans la
principale caserne de la capitale, des soldats de
l’armée régulière
déclenchent ce qui semble un début de mutinerie,
« rapidement circonscrite » après des
tirs nourris de plusieurs heures. Le bilan pour Conakry serait de 11
morts supplémentaires. En province, les émeutes
se poursuivent. A Sangadéri dans le Nord-Ouest, les jeunes
révoltés mettent en place des barricades pour
empêcher la production de bauxite. Ils se confrontent aux
flics qui tentent de les empêcher de piller. Toutefois,
hormis Conakry, les principaux faits négatifs semblent
localisés dans le Sud-Est, à Macenta et
Nzérékoré. Il y a entre 3 et 5 morts
dans la première, entre 4 et 6 dans la seconde où
la maison du gouverneur et la prison seraient incendiées.
Dans la soirée, le pouvoir décrète
l’état de siège qui comprend notamment
un couvre-feu de 18 ou 20 heures sur 24, l’interdiction de
rassemblement et de réunion, ainsi que
l’autorisation de perquisitions policières de jour
comme de nuit.
Dès lors, à partir du 13 où ses
mesures deviennent effectives, policiers, gendarmes et militaires
parviennent à reprendre le dessus. Dans les faubourgs de
Conakry, appuyés par des blindés, ils tirent sur
les jeunes qui essaient de se rassembler. Dans d’autres
villes, ceux qui sont surpris à enfreindre le couvre-feu
sont aussi pris pour cible. Ceux qui paraissent les derniers
révoltés pillent un nouvel entrepôt du
PAM, et à Diguinraye, il semble qu’au moins un
militaire coupable de tirs meurtriers soit battu par une foule. Pour
autant, ce sont dorénavant les forces étatiques
qui sont en action, notamment pour récupérer les
quelque 500 armes à feu qui auraient
été dérobées durant les
émeutes, mais aussi pour piller eux-mêmes les
habitations et s’affronter parfois entre eux, soit sur la
base des dissensions apparues le 12, soit entre pilleurs et non
pilleurs. A Labé, 3 protestataires sont tués le
14 février. Un certain retour au calme semble se confirmer
le 15 bien que la grève continue. Les
négociations entre syndicats et gouvernement reprennent,
tout comme l’extraction de la bauxite le 16. Progressivement
les mesures exceptionnelles sont allégées. La
nomination d’un nouveau premier ministre choisi parmi les
candidats proposés par les syndicats met fin à la
grève le 26. Le travail reprend le
lendemain.
Suivant une ONG locale, le bilan pour l’ensemble du
soulèvement serait de 137 morts, et les destructions
évaluées à 5 millions
d’euros.
Mutineries après le soulèvement majeur
Le mécontentement des militaires concernant leur salaire
s’aiguise à partir du mois de mars pour se
concrétiser deux mois plus tard. Entre le 2 et le 12 mai,
des mutineries parties de Conakry gagnent les villes de Kindia,
Labé, Macenta, Guéckédou, Faranah et
Nzérékoré. Les soldats tirent,
bloquent des rues, pillent, incendient des maisons
d’officiers. Il y aurait 9 morts. Après
l’éviction de hauts responsables de
l’armée, une rencontre entre mutins et
Conté assure le retour à l’ordre
à partir du 15. Un an plus tard, il lui faudra à
nouveau lâcher du mou pour calmer les troupes qui remettront
ça pour réclamer leurs salaires.
Mars 2009
Descriptif
du soulèvement majeur en Guinée aux mois de
janvier et février 2007