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Fin octobre début novembre 2004 dans le comté d’Hanyuan (Chine)




Dans la province de Sichuan, qui borde l’ouest de celle de Chongqing (voir le compte-rendu sur l’émeute de Wanzhou), l’Etat Chinois a décidé la construction d’un barrage hydroélectrique sur la rivière Dadu (Dadu He en chinois), qui implique le déplacement forcé de dizaines de milliers de paysans, dont les maisons et les terres du comté de Hanyuan doivent être englouties.

Insatisfaits des compensations promises, et de leur traitement par les autorités, nombre d’entre eux apposent leurs signatures à une pétition transmise à Pékin au mois de septembre 2004, mais qui reste lettre morte, comme toutes les réclamations, protestations, revendications de ce genre adressées aux bureaucrates.


A partir du mercredi 27 octobre, c’est le constat des premières opérations pour retenir l’eau de la rivière qui mettrait le feu aux poudres : des paysans se rassemblent aux abords du barrage en chantier, et exigent l’arrêt du projet. A travers les informations disponibles, il est difficile de saisir à quel moment les choses s’enveniment exactement. Dès ce jour, il semble qu’une centaine de flics intervient contre les paysans manifestant, dont une estimation du nombre n’est pas encore donnée, au contraire du lendemain où on les compterait par dizaines de milliers : 20 000 « seulement » d’après un officiel, 30 000, 70 000 ou 100 000 d’après d’autres témoignages (comme très souvent pour les faits de révolte qui surviennent en Chine, l’essentiel des informations reprises et citées par les médias occidentaux provient de ce qu’en transmettent des témoins locaux). D’après le Sun Daily de Hong Kong, cette mobilisation provoque l’arrêt des travaux, le jeudi 28 ou le vendredi 29 octobre, alors que des affrontements, à l’intensité difficile à juger, ont mis aux prises paysans et flics. Et le vendredi, les protestataires – une seule source en évoque 300, chiffre étrange en comparaison des multitudes comptées par ailleurs – marchent sur les bureaux du gouvernement d’Hanyuan, transportant le corps d’un des leurs battu à mort par les flics – outre celui-ci, il est alors question de « plusieurs » morts, et d’« un grand nombre » de blessés, sans bilans plus précis. Le bâtiment est saccagé, les officiels sont mis en fuite, avant que les assaillants ne se dispersent à leur tour. D’après les premiers rapports seulement publiés à partir du lundi 2 novembre, 10 000 flics, soldats, ou membres de la Police armée populaire sont déployés dans le comté depuis le mercredi 27. Dans le même temps, les autorités étatiques organisent leur black-out habituel sur l’information, et indemnisent la famille du mort transporté jusqu’à Hanyuan. Les travaux sur le barrage sont toujours suspendus, l’épreuve de force engagée par les paysans n’a encore tourné à l’avantage d’aucun des deux camps.

Phénomène habituel pour tout ce qui a trait aux faits de révolte en Chine, l’information sur ceux de Hanyuan demeure ténue et en pointillé, moindre même que pour les autres faits relevés pour les mois d’octobre et novembre 2004. Parmi les documents recueillis, seuls trois articles en traitent spécialement et exclusivement, dont deux paraissent seulement les 18 et 24 novembre (Le Figaro et PolitInfo). Pour les autres, l’évocation d’Hanyuan sert d’exemple pour montrer la multiplication des « protests » en Chine, surtout associée à des rapports à peine plus conséquents sur les affrontements dans la province du Henan (voir le compte-rendu). Une semaine après la parution des premières informations, une autre salve furtive rend compte d’une suite à l’événement, avec le même retard d’environ quatre jours sur les faits. Entre les milieux de chaque semaine où il semble que ça s’échauffe le plus, les intervalles restent dans l’ombre. Tout juste comprend-t-on l’importance de la présence policière et militaire.


Une semaine après les premiers, de nouveaux affrontements opposent les paysans aux flics et militaires, entre le mercredi 3 et le vendredi 5 novembre. La masse des premiers oscillerait entre 30 et 60 000, tandis que les seconds confondus verraient leurs effectifs portés à 16 000. Le siège du gouvernement serait de nouveau pris d’assaut le jeudi 4 à Hanyuan, et plusieurs batailles, là ou aux abords du barrage, se solderaient par 4 morts et 1 blessé dans le camp paysan, et 1 à 2 morts dans celui de leurs ennemis. L’article de PolitInfo, qui revient sur les faits trois semaines après leur déroulement, et qui s’appuie sur des témoignages locaux, parlera de sit-in réprimés à balles réelles, et « peut-être de 10 000 morts ».

N’apparaissant nulle par ailleurs, un tel chiffre détonne, mais ceux donnés plus en amont quant à la masse des manifestants pourraient le laisser penser plausible. Du moins ils indiquent que le soulèvement et sa répression ont été bien plus intenses que ce qu’il paraît suivant les bribes d’informations à leur sujet. Alors, cela prouverait le danger ou au moins l’inconfort certain de la situation dans laquelle s’est retrouvé l’Etat chinois à Hanyuan, où il n’a sûrement pas seulement été question de sit-in.



Première rédaction en janvier 2005, révisé pour publication en mai 2007


Documents utilisés :

04-11-02 - International Herald Tribune -- 100,000 protest new dam in China
04-11-02 - Reuters Yahoo! News -- Rural China Reels from Violent Protests
04-11-02 - The Australian -- 150 dead as riots break out in China
04-11-03 - AsiaNews -- Henan, Shaanxi, Sichuan, Inner Mongolia shaken by social tensions
04-11-07 - Taipei Times -- Dam project sparks riots
04-11-08 - KRT Wire -- Recent China protests a possible sign of growing unrest
04-11-18 - Le Figaro -- La sourde colère des paysans du Sichuan
04-11-22 - Business Standard -- China what lies beneath
04-11-24 - PolitInfo -- China's Sichuan Province Tense in Aftermath of Violent Anti-Dam Protests



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