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des principales émeutes
Descriptifs des principales émeutes entre janvier
2007 et mai 2008
Du 9 au 12 mars
2007 en Chine (07-03-09-Chine)
D’après certains articles décrivant
quatre jours de
« riots », celles-ci débutent le
vendredi 9 mars
2007, près de Yongzhou dans la province du Hunan (province
du
quart sud-est, située au nord du Guangdong). Les acteurs
sont
désignés comme paysans, habitants du village de
Zhushan,
protestant contre l’augmentation du prix du ticket de bus (il
est
aussi question d’un employé des transports ayant
battu un
étudiant suite à un différend sur un
nouveau tarif
; et, plus généralement, de la corruption
locale). Un
premier rassemblement aurait lieu devant l’hôtel de
ville ce vendredi.
D’après un témoignage anonyme
d’officiel, ce
sont des habitants qui auraient d’abord intercepté
des
bus, obtenant la baisse des tarifs augmentés en
février,
mais dont certains auraient alors prolongé leur action en
commençant à détruire des bus, et,
d’après le même témoignage,
des villageois
s’en seraient également pris à un
commissariat et
à ses flics, caillassés. Les premières
informations relevées, au lundi 12 mars décrit
comme le
« pic » de
l’événement, font
état de 20 000 participants massés autour du
« town
hall » et confrontés aux flics
équipés de
matraques, après que les premiers protestataires, moins
nombreux, n’ont pas reçu de réponse
à leurs
demandes. Près d’une douzaine de
véhicules sont
incendiés en deux jours, dont ceux de flics locaux (cinq
d’après un témoin, rapportant des jets
de briques
et ce cri : « Beat the government dogs to death »),
flics
eux-mêmes attaqués. Les affrontements du lundi
dureraient
cinq heures, jusqu’à la dispersion des
protestataires. Il
y aurait des blessés dans les deux camps, voire
même un
mort (identifié comme un étudiant battu,
hospitalisé le dimanche et mort le lundi),
démenti
officiellement. Au 12 mars, beaucoup d’arrestations sont
annoncées, ainsi que la traque de leaders. Ce lundi, les
affrontements seraient les plus importants, contre les renforts
policiers dépêchés (un à
deux milliers de la
People’s Armed Police), avec des témoignages sur
des
tabassages de leur part dans la soirée. La zone est
bouclée à partir du mardi, où
l’ordre
régnerait, sous « loi martiale ».
Combats de
rue à Karachi entre le 12 et le 14 mai 2007 (07-05-12-Pakistan)
Le 12 mai 2007, le président de la cour suprême
limogé en mars doit tenir meeting dans la grande ville du
Sud.
Sur place, partisans de l’opposition et soutiens de Musharraf
ont
préparé l’accueil de celui qui est
alors le symbole
officiel de la résistance au chef de l’Etat. Les
premiers,
constitués par toute la coalition opposante, marchent vers
l’aéroport, les seconds, composés en
majeure partie
des miliciens du Muttahida Qaumi Movement, ce parti disant
représenter les Pakistanais venus d’Inde lors de
la
partition (les Mohajirs), entreprennent de bloquer le trajet
jusqu’à la haute cour, destination du juge. La
rencontre
est explosive. Ce sont apparemment les membres du MQM qui font feu sur
leurs adversaires, non loin de l’aéroport. Il est
possible
alors que de l’autre côté on riposte.
Tandis que
Chaudhry fait demi-tour pour Islamabad, les combats
s’étendent ensuite dans plusieurs secteurs de la
ville.
Les articles se concentrent sur les fusillades dont le bilan
s’élève à une trentaine de
morts et une
centaine de blessés en fin de journée, alors
qu’on
brûlerait « par centaines » voitures et
commerces,
peut-être préalablement pillés pour ces
derniers.
Face à la répression milicienne, la
colère
déborde l’opposition partisane, avec pour preuve
le
lynchage d’un flic par une foule dans la soirée.
Le
lendemain, malgré les renforts de milliers de «
rangers
» dépêchés par Islamabad,
plusieurs quartiers
continuent de s’échauffer, notamment à
l’occasion des funérailles des tués de
la veille.
Magasins, stations-service et maisons sont la proie des flammes, pour
ce qui est désormais présenté par
certains
médias comme des violences interethniques entre Pachtounes
et
Mohajirs, interprétation qui sera ensuite
récusée
via des témoins cités par d’autres
sources. Le
nombre des morts monterait à 40, celui des
blessés
à 150. Le 14 mai, la situation paraît revenir au
calme
avec d’un côté les patrouilles des
paramilitaires
qui ont ordre de tirer à vue, et de l’autre
l’appel
à la grève générale
lancé par
l’opposition. L’attention journalistique se porte
de toute
façon ailleurs avec l’assassinat à
Islamabad
d’un « haut-responsable » de la cour
suprême
par des tireurs non identifiés. Au détour
d’un
article, on comprend qu’il reste seulement quelques troubles
« sporadiques » à Karachi, dans un autre
que des
tirs de flics font 4 morts supplémentaires dans des combats
qui
pourraient se poursuivre jusque dans la soirée.
Davantage que pour ses charges négatives, qu’il
faut
surtout supposer, l’événement vaut pour
ce
qu’il annonce des émeutes de décembre
durant
lesquelles cette fois nul MQM ne saura s’opposer à
la
vague de destructions, et où l’opposition
spectaculaire se
verra complètement dépassée.
En1979/1980, l’Etat chinois a institué la loi dite
de
l’enfant unique – en autorisant un par famille dans
les
zones urbaines, et deux dans certaines zones rurales si le premier est
une fille – dont l’application aurait
été particulièrement lâche
dans la zone des
faits décrits ici. Alors, en ce début 2007,
depuis
plusieurs semaines des équipes de contrôle sont
envoyées dans les villages, qui infligent
d’importantes amendes
aux familles ne respectant pas la limitation, dont les maisons
peuvent également être détruites et
leurs biens
saisis – tandis que depuis plus
longtemps, certains ont pu subir stérilisations et
avortements
forcés. Les amendes démultipliées
seraient
imposées à des familles en ayant
déjà
payé par le passé, dont beaucoup opposent leur
refus au
nouveau racket.
Dans la province du Guangxi, les premiers rassemblements ont
peut-être lieu le jeudi 17 mai, plus sûrement le
vendredi
18 : ceci dans le « Shuiming township »
où « a
sea of people » fait face à plus d’un
millier de
flics, sans informations sur des affrontements
avérés. Le
samedi 19, des rassemblements se poursuivent devant quatre «
township governments » de la province du Guangxi, avec au
moins
un cas d’affrontements.
Certaines sources, de Hong Kong, évoquent un total de plus
de 50
000 personnes impliquées au cours du week-end dans les
différents comtés concernés.
Le samedi 19 mai « at the Shabi township » (ou
comté
de Shabei, ou « Shapi township » s’il
s’agit du
même, le Shapi township étant situé
dans le
comté de Bobai, dépendant lui-même de
« Yulin
city »), des milliers de paysans (peut-être 10 000,
ou 20
000) manifestent aux abords d’un bureau gouvernemental. De la
« public property » est incendiée, des
véhicules détruits. Le bâtiment est
endommagé, possiblement saccagé et
pillé, puis
enflammé (certains témoignages
décrivent un fort
et massif élan offensif à ce moment). Les
affrontements
des protestataires contre les flics et officiels feraient plusieurs
blessés (dont deux officiels d’après
une source
hospitalière ; et peut-être des morts). Il y
aurait des
douzaines d’arrestations.
La situation serait calmée le lundi suivant.
Un article en date du 22 mai laisse entendre que les confrontations se
seraient multipliées au cours des quatre derniers jours
(destructions contre bâtiments et véhicules
gouvernementaux, affrontements avec les flics), mais sans beaucoup de
détails, sinon des informations non confirmées
sur la
mort de peut-être cinq personnes, dont trois officiels
responsables du contrôle démographique.
Le jeudi 24, on apprend que six « towns », ou
comtés, de la même province auraient
été
concernés par les manifestations du week-end
précédent, dont les destructions
décrites
ci-dessus sont confirmées, et qui auraient
impliqué plus
de 3 000 personnes, avec 28 arrestations ; tandis que les
contrôles des familles seraient assouplis, et des biens
saisis
rendus à leurs propriétaires.
Le mardi 29 mai dans la même province, mais dans un autre
district (Rongxian), des bureaux gouvernementaux sont à
nouveau
pris pour cibles – des personnes réclameraient le
remboursement des amendes infligées
antérieurement. A
Yangmei, ils seraient plusieurs milliers de mécontents, le
bureau gouvernemental est la cible de cocktails, saccagé,
une
douzaine de véhicules est incendiée, on
s’affronte
à deux milliers de flics. Il y a des blessés et
des
arrestations. D’autres lieux sont mentionnés mais
quasiment sans détails : la ville de Lingshan où
un autre
bâtiment gouvernemental est visé et des
protestataires
arrêtés ; le township de Shitao où 3
000 habitants
encerclent les bureaux gouvernementaux et s’affrontent aux
flics
– peut-être le lendemain pour ce qui concerne ce
dernier
lieu.
Début juin, autour du dimanche 3, un resserrement
répressif semble s’opérer, avec un
déploiement policier autour de « Shabi
», où
une douzaine de personnes sont arrêtées comme
responsables
des protestations du mois précédent. Fin juillet,
deux
« instigateurs » sont condamnés
à un et deux
ans de prison.
Début
octobre 2007 au Bengale Occidental (07-10-01-Inde)
A propos des faits ici décrits, survenus dans
l’Etat
indien du Bengale Occidental, les premières informations
relevées sont datées du 2 octobre 2007,
à propos
d’une confrontation entre protestataires et flics le lundi
1er
octobre, qui ne serait pas la première liée au
même
problème de la mauvaise gestion des magasins
d’Etat
censés subvenir aux besoins des plus pauvres, dont des
responsables (« ration dealers ») corrompus
détourneraient la vente des marchandises à leur
profit.
La colère gronderait depuis le mois de juin, avec un premier
cas
de « police firing » survenu le 17 septembre
(près
de Sonamukhi, sans doute situé dans le district de Bankura),
avant l’accélération offensive de la
part des
pauvres floués en ce début d’octobre
2007.
Les faits ont lieu dans plusieurs districts situés au nord
de
Calcutta : Birbhum, Burdwan (ou Bardhaman), Bankura, Nadia, Hooghly,
Murshidabad.
Le lundi 1er octobre à Labhpur dans le district de Birbhum,
une
foule de mécontents grossit jusqu’à
compter deux
milliers de membres rassemblés devant des locaux
administratifs
(« BDO’s office »), et dans le but de
déposer
un mémorandum « against ration leaders
». Face aux
villageois qui deviendraient « violent » lorsque
les portes
des locaux leur sont fermées, des flics interviennent, qui
ouvrent le feu : il y a un mort et plusieurs blessés. Des
motos
et un véhicule de flics brûleraient. Ce jour, ou
autour de
ce jour dans le même district, les maisons et familles de six
« food dealers » ont été
assaillies, dans les
villages de Mayureswar et Kirnahar.
Le mercredi 3 dans le district de Burdwan, en raison du même
motif d’autres villageois saccagent la maison d’un
gérant de magasin, attaquent les flics dont des
véhicules
sont incendiés, de même que des magasins. Les tirs
policiers feraient un mort de plus. Il y aurait au moins une centaine
de blessés, dont plusieurs flics caillassés. Des
renforts
policiers sont déployés dans ce district.
Le jeudi 4, il n’est question que d’un «
incident
» dans le district de Birbhum, où des
protestataires
tentent de saccager un magasin d’Etat ; 9 d’entre
eux
étant arrêtés.
Tandis que des « similar attacks » seraient
menées la veille dans les districts de Burdwan, Birbhum,
Bankura [1],
le dimanche 7 à Nawabath (district de Burdwan), la maison
d’un « ration dealer » et un
siège du CPI-M
(parti au pouvoir dans l’Etat du Bengale Occidental) sont
incendiés, avec des affrontements de centaines de
protestataires
contre les flics et militants du CPI-M. Une trentaine de
blessés
est dénombrée, dont un responsable du parti
– pour
un total porté à plus de 300 villageois
blessés
depuis le début de la semaine. Il y a encore 8 arrestations.
Ce
même dimanche, certaines zones du district de Murshidabad
sont
touchées par d’autres « ration
riots ».
Le lundi 8 octobre, « Anger against corruption in the public
distribution system spread to Nadia [où des «
ration
dealers » sont attaqués] and Hooghly districts
(…),
while police faced mob fury in Murshidabad », district dans
lequel un magasin est encore pillé à Nabagram,
pour ce
qui paraît les derniers de cette série
d’actes,
d’après les informations recueillies.
Le 7 et le 8 novembre 2007 dans la ville de Kumba, située
dans
l’ouest du pays près de la côte, la
protestation
grandissante de lycéens et collégiens contre les
longues
coupures d’électricité est
réprimée
par les flics venus mettre fin au blocage de la circulation
qu’elle entraîne. A la suite d’un
échange de
lacrymogènes et de pierres, une vingtaine de manifestants
est
interpellée. Le 9 novembre, alors que le courant aurait
finalement été rétabli, les jeunes
protestataires,
rejoints entre autres par des riverains et des conducteurs de motos
taxis, prennent à nouveau les rues pour, semble-t-il, barrer
un
des principaux axes routiers. La situation s’envenime dans
l’après-midi ou la soirée, lorsque les
flics
viennent déloger les bloqueurs dont le nombre n’a
cessé de grossir. Gendarmes et policiers font feu, en
l’air puis à hauteur d’homme. Un
manifestant est
tué, un autre succombera à ses blessures le
lendemain,
une dizaine est blessée. Par centaines, les protestataires
se
font émeutiers, prenant pour cibles, outre les flics
caillassés – qui pour certains verront leurs
véhicules et propriétés
saccagés –,
le commissariat central et la sous-préfecture auxquels le
feu
est mis à coups de cocktails molotov. Des cellules du
premier on
fait sortir les prisonniers, dont les manifestants
arrêtés
les jours précédents. Logiquement,
l’agence
d’électricité est mise à
sac.
L’émeute s’étend
jusqu’à un
autre commissariat, entièrement carbonisé
celui-ci, en
pillant au passage, notamment les Brasseries du Cameroun dont les
stocks de bière sont dépouillés, et en
cassant le
siège des Impôts. Alors que les flics locaux ont
battu en
retraite face à la foule imposante, ce n’est
qu’avec
des renforts d’une unité
spécialisée que
l’ordre semble restauré, avec encore des coups de
feu
durant la nuit du 9 au 10. Certaines sources donneront un bilan final
de 3 morts.
Après que les associations des transporteurs et le
gouvernement
se sont mis d’accord la semaine
précédente, les
nouveaux tarifs des minibus assurant le transport de personnes
à
Maputo entrent en vigueur ce mardi 5 février 2008, avec une
augmentation de 50 % consécutive à la hausse des
prix du
carburant. Tôt le matin, des « foules de jeunes
»
manifestent leur opposition à la mesure en entreprenant le
barrage des rues avec des pneus en feu et autres barricades de fortune
dans plusieurs secteurs de la capitale. D’apparence
spontanée, la protestation prend très vite un
tour
débridé, au fur et à mesure
qu’une grande
partie de la ville se trouve paralysée. Là ce
sont les
journalistes de la télévision nationale
qu’on
caillasse et dont on casse le véhicule, à Matola
c’est une voiture de police qu’on brûle,
ailleurs
encore l’on stoppe des bus pour en faire descendre les
occupants
alors invités à prendre part à la
protestation.
Malgré les gaz policiers et les balles en caoutchouc, les
révoltés qui, selon des sources
étatiques
peut-être soucieuses de les marginaliser, agiraient par
bandes de
10 à 20 communiquant par portables, continuent à
s’émouvoir, pillant les petits commerces,
saccageant une
école, une station-service, des voitures.
Débordés
par une vague qui s’étend à toute la
ville et dont
les cibles se multiplient aux abords de son centre, les flics tirent
ensuite à balles réelles, faisant au moins 3
à 4
morts parmi des protestataires estimés à
plusieurs
milliers. C’est aussi par milliers que certaines sources [2]
comptent les voitures et autres véhicules
endommagés, par
centaines le nombre de magasins pillés, ainsi que celui des
bâtiments publics attaqués. Des entreprises font
également partie des lieux assaillis. Dans la
soirée, les
gardiens de l’Etat semblent parvenir à
rétablir
l’ordre, du moins à endiguer la progression
d’une
agitation qui continue cependant dans certains quartiers. Le lendemain,
le pouvoir annule, ou suspend, la hausse des prix. Mais le recul de
l’Etat paraît limité à la
capitale. Le lundi
de la semaine suivante, c’est en province qu’on
proteste
contre les conditions de survie. A Chokwe, une petite ville au nord de
Maputo, les habitants montent à leur tour des barricades, et
pillent le marché local. La répression
policière
fait un mort. Le lendemain à Chibuto, située un
peu plus
à l’est en se dirigeant vers la côte,
barricades et
mise à sac des étals se produisent de la sorte,
sans mort
cette fois. Le même jour à une dizaine de
kilomètres de là, dans la localité de
Malaica, on
bloque la circulation durant plusieurs heures. Ces derniers faits
semblent davantage des échos affaiblis de la
brève
explosion de la capitale, plutôt que le signe d’une
extension prometteuse, sans qu’on puisse toutefois
s’assurer qu’ils aient effectivement
été les
seuls.
Le 19 février 2008, Serge Sarkissian, premier ministre
soutenu
par le président sortant, remporte
l’élection
présidentielle dès le premier tour, avec 53% des
voix,
résultat contesté par le candidat opposant Levon
Ter-Petrossian et ses partisans, dénonçant des
fraudes.
A partir du jeudi 21 février à Erevan, et
malgré
leur interdiction, des manifestations pour l’annulation du
scrutin électoral rassemblent chaque jour de 20 000
à 35
000 personnes sur la Place de la Liberté. On y a
installé
des tentes, des haut-parleurs, on distribue des couvertures et de la
nourriture pour ceux qui campent là, tout ça sans
grande
présence de flics. Toutefois, les samedi 23 et dimanche 24,
trois opposants sont arrêtés, pour des motifs qui
restent
obscurs (possible détention illégale
d’une arme
pour l’un d’eux).
Le samedi 1er mars 2008, vers 7h du matin, les quelque 1 500
manifestants qui dormaient sur la place sont chassés
à
coups de matraques et le campement est démonté
dans la
foulée par plusieurs centaines de flics
anti-émeute. Au
cours de cette opération assez musclée, qui fait
31
blessés dont 6 flics, une quinzaine de personnes serait
arrêtée d’après les
opposants, dont
Ter-Petrossian, ramené chez lui par les flics et
assigné
à résidence. Les autorités justifient
l’intervention par la saisie d’armes (dont des
grenades) et
la crainte d’un coup d’Etat en
préparation.
D’abord dispersés autour de la Place de la
Liberté,
les manifestants se retrouvent sur de grandes avenues du centre-ville,
puis se rassemblent à proximité de la mairie et
des
ambassades de France, d’Italie et de Russie. Ils sont alors
plusieurs milliers (de 6 000 à 15 000 suivant les sources),
arrêtant un camion transportant ce qui reste de leur
campement,
puis des bus. Dans l’intention de canaliser les manifestants,
des
dispositifs diffusant les discours de leaders de l’opposition
sont à nouveau installés. Peu à peu,
la tension
monte entre flics et manifestants, des projectiles commencent
à
fuser, on tente en vain de pénétrer dans la
mairie,
où les flics un moment débordés se
réfugient. Puis dans la soirée, alors que le gros
de la
foule reste groupé au même endroit, il semble que
tout
s’accélère. Les quelques bus et le
camion en guise
de barricades permettent de garder les flics à distance.
Plus
tard, ceux-ci commencent à tirer des balles
traçantes en
l’air, par dessus les barricades pour tenter de disperser les
manifestants, tuant au moins l’un d’entre eux, ce
qui
attise la colère de plus belle. Des petits groupes
armés
de barres de fers, de divers projectiles et de cocktails molotov,
sortent alors de la zone barricadée pour aller au contact
avec
les flics. Dans cette contre-attaque, les affrontements se font plus
violents. Des véhicules sont incendiés, on pille
plusieurs magasins sur les avenues proches. Vers 22h30,
l’état d’urgence est
déclaré pour 20
jours – impliquant notamment l’interdiction de tout
rassemblement –, mais les affrontements ne
s’arrêtent
pas pour autant et dureront jusqu’au petit matin.
Le bilan de la journée et de la nuit est de 8 morts dont 1
flic,
131 blessés (230 d’après le ministre de
la
Santé) dont 72 flics, et au moins 55 arrestations.
Révolte
en Chine en mars 2008 (Tibet) (08-03-14-Chine)
En 2007, on relevait déjà deux situations dans
des zones
de peuplement tibétain (ce qui n’avait pas
été le cas entre 2003 et 2006) :
-
(
07-05-27-Chine)
Le
27 mai dans la province du Sichuan, à « Bamei town
»
ou dans le « Xiede Township of Daofu in Tibetan Autonomous
Prefecture of Ganzi », la contestation contre une
exploitation
minière donnerait lieu, de la part de « hundreds
of
Tibetans » (300 ce jour d’après
certaines sources)
à des assauts contre des officiels, dont deux sont
blessés, et des saccages de véhicules et
matériels
miniers. Des villageois seraient arrêtés.
S’ensuivraient d’autres actions de protestation en
juin,
avec le blocage d’une route et des grévistes de la
faim ;
puis les activités minières seraient
officiellement
suspendues. (A moins qu’il ne s’agisse de deux
moments
distincts, une des sources situent les affrontements au 5 juin, qui
auraient impliqué un millier de « Tibetans
»).
- (
07-11-20-Chine)
Le 19 novembre « in the town
of Paingar » (située au nord-est de Lhassa, dans
la
région de Naqu), une altercation opposerait des moines
à
un commerçant, deux des premiers étant
arrêtés. Le lendemain, d’autres moines
accompagnés d’habitants (190 à 600
personnes) se
rassembleraient aux abords des locaux gouvernementaux, demandant leur
libération, puis des commerces (« owned by Han
Chinese
») et des propriétés
étatiques sont
assaillis et détruits. 800 flics sont envoyés en
renforts, la zone est bloquée, les portables
coupés, il y
a 5 arrestations supplémentaires.
On apprend par ailleurs qu’au mois
d’août,
l’arrestation d’un homme, appelant publiquement au
retour
du dalaï lama, aurait provoqué des «
large protests
» dans une zone tibétaine du Sichuan ; et que le
17
octobre à Xiahe dans la province de Gansu, les flics sont
intervenus à coups de canons à eau contre les
moines du
monastère de Labrang, sortis dans les rues pour
célébrer la médaille d’or du
congrès
US décernée au dalai lama.
A propos de l’événement de mars 2008,
il faut
d’abord souligner cet aspect singulier du traitement
médiatique auquel il a donné lieu,
qu’il a subi, de
la part des organes occidentaux prenant parti contre le
régime
chinois et en faveur des gestionnaires tibétains en exil ;
cette
médiatisation s’hypertrophiant ne devenant plus
que le
lieu de cette confrontation, sur le dos des émeutiers, des
anonymes. Du fait de la présence sur place de touristes
occidentaux et de quelques journalistes, on se figure assez bien quelle
importante émeute s’est
déclenchée le 14
mars à Lhassa, ce que les bilans étatiques sur
les
destructions commises tendent eux-mêmes à
confirmer. Mais
pour ce qui est des jours suivants, d’une part à
Lhassa
puis en d’autres zones de peuplement tibétain, il
est plus
difficile d’établir avec certitude ce qui a pu y
survenir,
en termes d’extension et de prolongation
émeutières
et offensives. A partir du 15 mars, le bouclage policier
empêche
tout accès aux régions concernées, et
les
journalistes occidentaux compensent leur ignorance en relayant ce que
clament les représentants tibétains en exil et
leurs
soutiens militants, très soupçonnables
d’exagérations, dans ce qui prend surtout les
allures
d’une surenchère dans la victimisation de ces
malheureux
opprimés dont l’image constitue leur fonds de
commerce
– la ligne officielle, pacifiste par principe, consistant
même à nier la charge
émeutière du premier
jour à Lhassa. De leur côté, officiels
et
médias chinois, très soupçonnables de
minimisations, font état de ce qui semble bien plusieurs
assauts
menés après le 14 mars ailleurs
qu’à Lhassa,
(notamment dans plusieurs districts de la province du Gansu), mais, au
vu de la thèse qu’ils défendent
d’une
orchestration séparatiste de la révolte, leurs
affirmations sont tout autant sujettes à caution. Cependant,
comme pour Lhassa, les condamnations et déplorations des
destructions commises tendent à prouver que ces assauts
d’après le 14 mars ont bien eu lieu. Le descriptif
qui
suit vise donc à dessiner ce qu’il a pu en
être du
point de vue central des actes, contre tout asservissement de ceux-ci,
que ce soit aux complaintes tibétistes niant leur
portée
offensive, ou à la thèse étatique les
réduisant au résultat d’un complot
contre
l’intégrité nationale.
Le mois de mars tibétain est celui de la
commémoration du
« soulèvement populaire » de 1959,
maté par
l’occupant chinois, et qui vit l’exil du
dalaï lama.
En 2008, à partir du lundi 10 mars date anniversaire, des
moines
se font entendre, au moins à Lhassa. Ils sont quelques
centaines
à se rassembler, à manifester
(peut-être en
réclamation de la libération de certains
d’entre
eux arrêtés à l’automne
2007). Dans une ambiance
sécuritaire décrite comme augmentée
à
l’échelle du pays, ceci à
l’approche des jeux
olympiques, il s’agirait des plus importantes manifestations
depuis mars 1989 où déjà, quelques
mois avant
« Tian An Men », d’importantes
émeutes
étaient survenues au Tibet. Du lundi au jeudi, quelques
tensions opposent
moines et flics (qui seraient deux milliers dans les rues de Lhassa),
les monastères sont bouclés, des moines se
mettent en
grève de la faim, d’autres se suicident.
Le vendredi 14 mars, il n’est plus seulement question de
moines :
des habitants de Lhassa se joignent à eux, et dans la zone
de la
vieille ville, ou centre historique, partie localisée de
l’agglomération actuelle où les faits
vont
semble-t-il se concentrer, il se peut que la première
tournure
offensive déborde rapidement les flics présents,
caillassés, dont des véhicules seront
également
détruits ou enflammés dans le cours de la
journée.
Par la suite, il sera avancé que les flics auraient
volontairement fait acte de retenue, soit parce qu’on leur
aurait
ordonné, soit de leur propre chef, sans jamais
qu’il ne
soit envisagé que l’emballement
émeutier les aurait
tout simplement submergés. Ce vendredi, les participants
à l’émeute, qui se comptent sans doute
par
centaines, passent ensuite à l’attaque et au
saccage en
règle du décor alentour. Un touriste,
témoin
direct, explique que la première foule constituée
aurait
mis les flics en fuite. « Les gens dans leur grande
majorité ne volent pas, mais détruisent et
"libèrent l’espace",
"récupèrent une partie
du territoire" comme il m’a été dit. La
foule se
déchaîne alors contre des dizaines et des dizaines
de
magasins. Dans les rues brûlent d’innombrables
foyers dans
lesquels vélos, motos, vêtements, marchandises
diverses,
frigos et bouteilles de gaz... se consument avec le danger permanent
d’explosions qui ne tardent pas à se faire
entendre dans
toute la ville. » Les incendies se multiplient,
peut-être
« plus de 160 », dont « 45
d’ampleur importante
». D’après les bilans officiels, il est
question de
la destruction ou la consumation de 22 bâtiments, parmi
lesquels
des banques, un organe de presse, des écoles, des
hôpitaux, de douzaines de véhicules,
d’une centaine
de commerces, auxquels s’ajouterait une mosquée
– il
est par ailleurs question de nombreux commerces détruits
dans un
« quartier musulman » (et le lendemain, il se
pourrait que
des habitants alors agressés mènent des
représailles). Suivant les préjugés du
racisme
intégré ordinaire, la version officielle va ainsi
consister à incriminer des émeutiers tibétains
à la chasse aux passants et commerçants chinois,
qu’ils soient han (soit ce qui est
considéré comme
l’ethnie majoritaire en Chine) ou hui (musulmans chinois),
dans
une insistance qui voudrait ériger cette dimension
particulière en principale orientation des actes commis, et
explication définitive sur leur sens. A ce sujet, il faut
assez
simplement se figurer que l’Etat chinois encourage
l’installation d’habitants non tibétains
au Tibet,
avec une amplification de ce phénomène depuis
l’ouverture en 2006 d’une liaison ferroviaire entre
Pékin et Lhassa (d’après diverses
sources, en 2008,
peut-être la moitié, voire les deux tiers des 250
000
habitants de Lhassa peuvent être
désignés comme des
han), et qu’il serait étonnant que
ceux-là ne
bénéficient pas de certains privilèges
et
monopoles, notamment dans le domaine de l’activité
marchande, représentant dès lors autant de cibles
pour la
colère émeutière dévastant
les symboles
d’une misère et d’une oppression
quotidiennes
n’ayant rien de spécifiquement
tibétain.
Alors qu’au soir du vendredi, les émeutiers ne
seraient
qu’encerclés par les flics, la
répression prend
plus sûrement le dessus à partir du lendemain,
où
des tirs policiers, « sporadiques », se feraient
entendre
jusque dans la nuit. Un couvre-feu est imposé et des
blindés déployés, des centaines de
soldats sont
convoyés en renforts, des ratissages étant
menés
« maison par maison » les jours suivants, tandis
que
l’Etat appelle les émeutiers à se
livrer à
sa « clémence ».
D’après les sources
exilées, il y aurait des centaines d’arrestations.
Officiellement, il en est fait état de 24, auxquelles
s’ajouteraient 170 personnes se livrant à la
police
jusqu’au mercredi suivant, total plus tard porté
à
280.
Dès le samedi, la divergence s’établit
sur les
bilans des tués : l’Etat, niant tout usage
d’armes
à feu, annonce une dizaine de morts, puis 13,
identifiés
en « civils innocents » victimes des incendiaires,
auxquels
s’ajouteraient 12 flics « grièvement
blessés
». Autour du 24 mars, China Daily/Xinhua, médias
officiels
chinois, annoncent la découverte de cinq cadavres
carbonisés dans le comté de Dagze près
de Lhassa :
c’est alors que le total officiel de morts « civils
»
passe à 18. Ceux-là auraient
été
tués le dimanche 16 mars dans l’incendie
d’un garage
« in Deqing town of Dagze » (préfecture
de Lhassa),
où les troubles se seraient propagés et
où 23
commerces, une résidence, deux camions de pompiers, et une
voiture de flic auraient été ainsi
détruits.
De leur côté, outre 72 blessés, les
sources
militantes annoncent une trentaine de morts «
confirmés
», voire plus d’une centaine, abaissée
le 16 mars
à au moins 80 – dont 26 personnes qui auraient
été tuées le samedi près de
la prison de
Drapchi ; ces sources faisant ainsi état de cadavres vus ou
découverts en divers points de la ville : 3 près
d’une mosquée, 2 au temple de Ramoche, 5 au
centre-ville ;
le témoin direct cité plus haut rapportant pour
sa part
avoir vu un cadavre le vendredi. Au vu de ce qui paraît avoir
été le désordre émeutier
conséquent
du 14 mars, il est fort probable que les flics aient tiré et
tué dès ce moment, quoiqu’on ne puisse
l’affirmer avec certitude.
A partir de ce premier jour d’émeute à
Lhassa,
l’impression est donnée d’une contagion,
qui
laisserait penser à un début de
soulèvement
régional, ceci dans les zones de peuplement
tibétain de
deux provinces principalement, le Gansu et le Sichuan – le
Qinghai apparaissant également, mais seulement à
propos
de manifestations.
Sichuan :
Le dimanche 16 mars à Ngawa (Aba en chinois),
située au
nord-ouest de la province, une manifestation serait
dispersée
à balles réelles, avec de 3 à 7 morts,
peut-être 8 (niés par les flics, reconnaissant
tout de
même des tirs de leur part ayant fait 4 blessés).
Des
milliers de moines, rejoints par des milliers de « citoyens
ordinaires », auraient marché vers le
siège du
pouvoir local ; un témoin local parlant quant à
lui
d’un groupe de seulement 200 manifestants. Le
siège de la
police aurait été attaqué à
coups de
cocktails, d’autres bâtiments gouvernementaux
étant
visés, ainsi que des commerces, et des véhicules
incendiés.
Le lundi 17 mars, des renforts répressifs gagnent le
comté de Ma’erkang, proche de la zone des
affrontements de
la veille. Dans le comté d’Aba, 381 personnes se
livreraient ensuite aux flics « pour avoir
participé
à des manifestations (…) pendant lesquelles des
bâtiments publics, des commissariats, des écoles
et des
hôpitaux ont été attaqués, a
rapporté
Chine nouvelle. »
Le mardi 18, ou autour de cette date, l’armée
serait
déployée à Serthar – sans
doute dans le
Sichuan – suite à l’explosion
d’un pont
provoquée par des habitants près du village de
Gudu.
Le lundi 24 mars à Garze, des moines et des religieuses,
rejoints par des habitants (pour un total de 200 manifestants), se
confronteraient aux flics, dont l’un serait tué,
tandis
que leurs tirs feraient un mort et un blessé grave.
Le 30 mars, Chine Nouvelle annonce 26 arrestations de participants
présumés aux faits du 16 mars, et la saisie
d’armes
et de matériel décrits comme appartenant
à des
activistes séparatistes, ceci dans le monastère
de
Geerdeng situé dans le comté d’Aba.
Le jeudi 3 avril dans le district de Garze, suite à
l’arrestation de deux moines du monastère de
Tonkhor, une
manifestation de 750 personnes, dont 370 moines, serait
réprimée à balles réelles,
avec
peut-être 8 morts, voire 15 et des dizaines de
blessés,
après que les protestataires auraient possiblement assailli
un
camp policier, ou un bâtiment gouvernemental (« the
seat of
the Donggu township government of Garze County »).
Le samedi 5 avril, les flics interviennent contre une
cérémonie religieuse de moines du temple de
Lingque,
à laquelle participeraient plusieurs centaines de
pèlerins. Leurs tirs feraient une dizaine de
blessés.
Gansu
:
Au 19 mars, un officiel flic fait état d’attaques
contre
des bureaux gouvernementaux, écoles, commerces, «
in the
Gannan Tibetan Autonomous Prefecture », située au
sud de
cette province du Gansu, ceci « from Saturday onwards
».
Cette partie de la province du Gansu transparaît comme celle
où l’agitation serait la plus ample
après Lhassa,
si l’on en croit China Daily/Xinhua relayant des
déclarations d’officiels, qui, au 23 mars,
annoncent que
94 personnes y auraient été blessées :
91 flics, 2
officiels, 1 civil ; avec des dégâts
chiffrés
à 230 millions de yuans, soit 32,6 millions de dollars.
D’autres détails paraissent les jours suivants,
accréditant que les troubles auraient touché
plusieurs
comtés de cette zone à partir du samedi 15 mars,
et
jusqu’au 19 (avec l’information officieuse que 19
personnes
auraient sans doute été tuées dans
cette province
du Gansu).
Le samedi 15 mars à Xihae, il y aurait une manifestation
d’un millier de personnes (peut-être 20 000
d’après des témoins), pas seulement des
moines, aux
abords du monastère de Labrang, puis la « foule
»
s’en prendrait à des bâtiments publics,
dont un
commissariat aux vitres brisées, avec des caillassages
contre
des tirs de lacrymogènes, des blessés et une
vingtaine
d’arrestations ; des témoins faisant
état de bruits
de tirs et d’explosions. La ville est placée sous
couvre-feu le lendemain.
Le lundi 17 dans le comté de Maqu, des milliers de moines et
autres habitants se confronteraient aux flics en plusieurs lieux, avec
10 flics blessés.
Outre Xiahe et Maqu, les comtés de Luqu et Jone sont
mentionnés, ainsi que la ville d’Hezuo aux
alentours de
laquelle, le 18 mars, des cavaliers et motards attaqueraient un
bâtiment gouvernemental, voire plusieurs bâtiments
dont des
écoles.
Au 29 mars, on apprend qu’au cours de la « Gannan
riot
between March 14-19 », dans le comté de Maqu, tous
les
commerces d’une même rue auraient
été
saccagés ou brûlés. A propos du
même
district, ce seraient plus de 260 commerces et autres
propriétés privées qui auraient
été
touchés entre le 16 et le 18 mars, dont 117
détruits ou
brûlés complètement.
Début avril, il est officiellement fait état de
432 placements en détention dans cette province du Gansu.
Au 24 avril, les frontières du Tibet sont rouvertes
à des
cargaisons de touristes chinois. Le lundi 28 avril dans le
comté
de Dari de la province du Qinghai, un échange de tirs se
solderait par la mort d’un flic et par celle d’un
«
insurgé » tibétain
(présenté comme un
« leader » indépendantiste
résistant à
son arrestation). Du coté des protestataires,
c’est alors
le premier tué reconnu par les autorités
étatiques. Les tibétains en exil parlent quant
à
eux d’au moins 203 tués, un millier de
blessés, et
plus de 5 000 arrestations. Le 29 avril, trente émeutiers de
Lhassa, « reconnus coupables d’incendie volontaire,
pillage, attaques contre les institutions de l’Etat, vols et
incitation à la violence », sont
condamnés, dont
certains à la prison à vie.
Du 6 au 8 avril
2008 en Egypte (08-03-06-Egypte)
A l’approche des élections municipales, une
certaine agitation encadrée se manifeste dans
l’Etat égyptien de Moubarak. Au début
du mois d’avril, ce sont les Frères musulmans et
leurs dits partisans qui protestent dans plusieurs villes contre les
mesures étatiques empêchant leurs candidats de se
présenter, avec alors quelques escarmouches
localisées. En parallèle, c’est un
appel à la grève générale
prévue le dimanche 6 avril qui menace, du fait notamment de
son abondant relais. L’initiative paraît surtout
émaner de Mahalla el-Kobra, une ville industrielle du nord
du pays, dans le delta du Nil, où plus de 20 000 ouvriers
travaillent dans la même entreprise publique de textile.
Déjà le centre de la protestation en 2006 et
2007, et plus récemment en février 2008,
l’immense complexe de filature et de tissage semble
générer une certaine solidarité
négative, qui a pu jusqu’ici se traduire par un
passage de revendications salariales au rejet pur et simple du chef de
l’Etat.
Le 6 avril, tandis que le reste du pays demeure relativement calme,
à Mahalla el-Kobra, les forces de
sécurité sont déployées en
nombre pour empêcher la grève d’avoir
lieu. Ils sont alors au moins 1 500 insoumis, grévistes
rejoints par des habitants, à se mesurer aux flics. Les
pierres répondent aux gaz et balles en caoutchoucs qui,
tirées à hauteur de tête, feront deux
tués. Des magasins sont incendiés, ainsi que deux
écoles et une agence de voyage ; une voie ferrée
est bloquée par une barricade en feu. On pille au passage.
Et il se pourrait bien qu’on attaque le commissariat et
qu’on y mette le feu. L’émeute dure
ainsi jusque dans la nuit. Le lendemain, ils sont encore des milliers,
plus des ouvriers d’après les articles
à disposition, mais plutôt les jeunes de la ville,
à reprendre les combats de rue, peut-être au
moment où le convoi d’un conseiller du procureur
général dépêché
du Caire est caillassé, ou lorsqu’on exige la
libération des interpellés de la veille devant le
poste de police. De nouveaux commerces seraient
brûlés. Visiblement inquiet, l’Etat
concède un demi-mois de salaire de prime aux ouvriers par le
biais d’un de ses ministres en visite. Mais
jusqu’au petit matin du 8 avril, on continue à se
battre, et il y a un mort de plus du côté des
révoltés. En ce jour
d’élection, c’est le premier ministre
qui fait le voyage à Mahalla el-Kobra pour annoncer cette
fois un mois de prime.
A l’issue de ces trois jours, il y aurait entre 330 et 500
arrestations et entre 40 et 160 blessés. La contestation du
régime continuera ensuite en mai et juin, mais sans que
Mahalla el-Kobra ne semble aux avant-postes, et sans non plus que les
débordements n’atteignent
l’intensité décrite ici. Pour autant,
certains médias ne se gêneront pas pour simplifier
plusieurs mois après ces événements en
les intégrant dans leurs « food riots »,
lorsqu’il faudra annoncer que les émeutiers
(« food rioters ») ont pris plus de cinq ans de
prison.
Du 27 au 29
avril 2008 en Algérie (08-04-27-Algerie)
Les faits surviennent à Chlef, ville de plus d’un
million
d’habitants située dans l’ouest du pays
entre Alger
et Oran (à la périphérie de laquelle
une
émeute a déjà
éclaté au début
du mois, à Gdyel exactement). Anciennement El Asnam, elle a
été rebaptisée depuis le dernier
tremblement de
terre qui l’a presque détruite en
totalité en 1980.
Depuis, une partie des habitants vit dans des « chalets
»
en préfabriqué, organisés dans une
association de
sinistrés. Le 27 avril 2008 doit se tenir le
procès de
son « coordinateur », accusé
par les
autorités locales de « manipuler les populations
»,
ceci vraisemblablement pour qu’il cesse de leur reprocher
d’abandonner à leur sort les habitants. Car ses
derniers
se sont vus annuler récemment l’aide
financière qui
leur était promise pour améliorer ou quitter
leurs
logements, faits de simples et censément provisoires
baraques
depuis 28 ans.
Ce dimanche 27, d’autres motifs d’insatisfaction,
décrits comme le chômage,
l’insalubrité et
l’absence de perspectives pour les jeunes, viennent se
greffer
à ce qui n’est qu’une
énième
manifestation de la hogra que subissent la plupart des pauvres
d’Algérie. Dans la matinée,
c’est apparemment
devant le tribunal, où plusieurs centaines de protestataires
sont réunis, que la situation s’emballe,
quoiqu’il
soit aussi possible que des tentatives policières de
destruction
de baraques aient constitué plus loin une autre
étincelle. Des accrochages avec les flics mettent le feu aux
poudres. Par centaines, sinon par milliers, on déferle dans
les
rues de la ville en attaquant au passage tout ce qui se
présente
: voitures, bureau de poste, bibliothèque, banques,
laboratoires
d’analyses, édifices publics en tous genres.
L’émeute, que les flics ne parviendront
à suspendre
dans le centre qu’en fin d’après-midi,
s’étend dans la commune voisine de Chettia, cette
sorte
d’immense bidonville où l’on accompagne
les
destructions d’un blocage de route durant toute la
journée. Et ce sont également d’autres
quartiers
périphériques de Chlef que
l’émotion gagne,
avec alors la coupure de l’axe Alger-Oran. Après
plusieurs
centaines d’arrestations et des dizaines de
blessés, le
calme semble revenir grâce aux renforts policiers. Le
lendemain
en milieu de matinée, le centre-ville est de nouveau envahi,
peut-être d’abord par des dizaines de jeunes, plus
sûrement par « une foule immense
composée de jeunes
et de moins jeunes » qui, en arrivant près des
lieux du
pouvoir, caillasse les flics postés autour. Puis
c’est le
musée et plus tard dans la soirée, dans une zone
excentrée, le siège de la compagnie
étatique de
gaz qui concentrent leur fureur. A Chettia où entre 60
(officiellement) et 500 (officieusement) personnes ont
été arrêtées la veille,
l’émeute reprend dans
l’après-midi, faisant
notamment un sort au bureau de poste, pillé et
brûlé. Il se peut que la commune d’Ouled
Fares un
peu plus loin soit elle aussi agitée. Si le 29, le feu ne
paraît pas reprendre à Chlef où les
associations de
sinistrés appellent au calme et où l’on
a
dépêché un ministre,
l’émeute ne
s’arrête qu’au petit matin à
Chettia.
Du 26 au 29
mai 2008 en Algérie (08-05-26-Algerie)
Voilà encore des pauvres modernes qui ne respectent rien ! A
l’issue d’une période de
représentation
générale de la révolte dans le monde
en
médiatiques et chimériques émeutes de
la faim,
c’est ici la relégation du club de foot
d’Oran qui
déclenche la colère, carburant de
l’émeute.
Et c’est à Chlef contre
l’équipe locale que
le MCO concède un match nul fatidique le condamnant
à la
seconde division, à quelques centaines de km à
l’est où, un mois auparavant, et pour encore
d’autres raisons qu’une subite famine, des
centaines de
révoltés ont dévasté la
ville et ses
alentours durant deux jours. Est-ce là l’occasion
de
chaparder quelques miches de pain pour sustenter des familles
affamées ? Celle peut-être de réclamer
des sacs de
riz aux autorités compétentes ? Non, car ce 26
mai, les
gueux d’Oran ont visiblement oublié leurs crampes
stomacales. Allons-y alors pour les dites «
émeutes du
foot ». [3]
Le déclencheur fédérateur, cette
relégation
déshonorante du doyen de l’élite, a mis
en
émoi les quartiers dits populaires de la seconde ville
d’Algérie (1 700 000 habitants pour
l’agglomération) d’où
l’on converge
rageusement vers le centre. Les premières
étincelles
s’allument en fin d’après-midi, puis
chaque
cité s’en donne à cœur joie
au cours
d’une nuit de saccages et de pillages qui ne laisse rien
indemne.
Si au début ce sont en priorité les installations
du MCO
et les sièges des journaux appartenant à son
président qui sont attaqués, très vite
on passe
à d’autres cibles tant publiques que
privées. Il y
aurait tout de même une certaine prédilection pour
les
commissariats, et parmi les flics avec qui on se bat aux quatre coins
de la ville, un pourrait avoir été
tué, plusieurs
autres sont blessés.
Le lendemain, peut-être dès la matinée
et
malgré l’importante présence
policière,
l’émeute reprend et gagne même
d’autres
quartiers. C’est alors dans la quasi-totalité de
la ville
qu’on s’affronte rudement avec les flics, dont les
blessés se comptent au moins par dizaines,
peut-être
jusqu’à 140 sur les deux jours. Commerces que
l’on
vide « en règle », cinémas,
banques,
sièges administratifs, tout y passe encore une fois. Un
semblant
d’organisation des révoltés en grand
nombre, et
surtout l’éparpillement des foyers, paraissent
contribuer
au complet débordement des forces de l’ordre,
desquelles
on se joue dans les sinueuses ruelles, et qui ne semblent plus que
veiller à empêcher l’accès
aux artères
principales du centre-ville. Il y aurait au moins entre 70 et 150
arrestations à l’issue de la journée.
Dans la nuit,
on continue à piller.
Au matin du 28, la brève accalmie est brisée par
une
déferlante de centaines de jeunes qui remettent le couvert,
reprenant les combats de rue avec les flics. Mais les troubles ont
perdu de leur extension, ce sont apparemment les derniers
irréductibles qui incendient les ordures
s’amassant dans
la rue, qui pètent encore quelques magasins. En fin
d’après-midi, d’autres renforts de
police permettent
une certaine contention de l’émeute, tandis que
les
familles des interpellés se massent dangereusement devant le
commissariat central. Même si « sporadiquement
»
ça continue toutefois à se battre dans plusieurs
zones,
dont le centre-ville, et ceci encore le lendemain jusque dans
l’après-midi.
Les bilans finaux parlent de 159 inculpations, 300 blessés
dont
84 gravement, et peut-être entre 70 et 147 flics
blessés,
la mort de l’un d’eux ne semblant pas avoir
été confirmée officiellement.
Avril 2009
1. Où
un « ration dealer » se pend dans le village de
Borokumira, après qu’un autre aurait fait de
même le 28 septembre dans
celui de Raipur, parce qu’incapables de payer les «
amendes » réclamées
par les villageois protestataires.
2.
Les
bilans divergent entre l’information étatique
donnée par l’agence officielle mozambicaine et la
version
de l’information internationale.
3.
Après celle de Ksar El-Boukhari un peu plus
tôt dans le mois.
Descriptifs
des principales émeutes